IDI - Janvier 2008 - N° 458

30 January 2008

SOMMAIRE:


IDI – MESSAGE DU MAÎTRE DE L’ORDRE POUR NOËL ET LE NOUVEL AN

Mes chers frères et sœurs,

L’année 2007 touche à sa fin, et en attendant de pouvoir me reposer après Noël, je ne peux m’empêcher de regarder en arrière, comme pour un bilan des heures vécues, rappelant certaines scènes – en particulier celles liées à la vie et à la mission de l’Ordre – pour rendre grâce à Dieu et trouver des raisons de continuer d’aller de l’avant, de croire, d’espérer, d’aimer, de vénérer l’Emmanuel, le Verbe fait chair.

Outre les moments passés dans notre chère communauté de Sainte-Sabine – moments de travail intense mais toujours riches de fraternité –, la mémoire du cœur évoque tout particulièrement les nombreuses visites aux couvents et provinces.

M’efforçant de résumer une année fort dense, je songe aux visites de nos communautés romaines de l’Angelicum, du Convitto Saint-Thomas et du couvent de Sainte-Marie Majeure. Hors de l’Urbe, j’ai aussi visité les provinces de Bétique, des Philippines, de Croatie, d’Autriche et Allemagne du Sud.

Au milieu de programmes chargés, vivant pleinement cette année de jubilé, j’ai tenu à me rendre au fil des divers voyages dans le plus grand nombre possible de monastères. Il faut ajouter les rencontres avec des congrégations de sœurs, des fraternités laïques, des groupes de jeunes : l’Ordre dans sa belle symphonie polychrome !

À ce propos, je souhaite souligner plusieurs réunions importantes des différentes branches de la Famille dominicaine, auxquelles j’ai pu participer de diverses manières : deux jours de retraite prêchés par le fr. Timothy Radcliffe et sr Gabriela Zengarini aux sœurs de CODALC et aux frères de CIDALC, suivis de l’assemblée de CIDALC (fin janvier et début février, à Lima au Pérou) ; le congrès international des fraternités laïques de l’Ordre (du 18 au 24 mars à Pilar en Argentine) ; la réunion interfédérale des moniales contemplatives d’Espagne (du 26 au 28 mars à Caleruega en Espagne) ; l’assemblée des sœurs dominicaines internationales (début mai à Rome) : que de richesses renferment chacune de ces rencontres !

Enfin, je signale notre chapitre général de prieurs provinciaux (du 18 juillet au 8 août à Bogota en Colombie). À la joie et à l’espérance de l’Ordre manifestées par les capitulaires, les invités et la Famille dominicaine colombienne, s’est mêlée la douleur pour le décès de notre frère Dominique Renouard (+). Je rends grâce à Dieu et à saint Dominique de nous avoir donné ce « serviteur bon et fidèle ». Les cérémonies à Bogota, les obsèques à Lyon et l’inhumation à L’Arbresle ont été des signes éloquents de la présence parmi nous du Christ Ressuscité et de saint Dominique.

À l’heure où je vous écris ce message de Noël et de nouvel an, en ce jour de la fête de Notre-Dame de Guadalupe, je me trouve à Caracas, au Venezuela, en visite auprès de nos communautés (les unes appartenant au vicariat régional de la province du Rosaire et les autres au vicariat régional de la province de Bétique). Quand vous lirez ce mot je serai passé ensuite par Cuba, pour rencontrer nos frères et sœurs qui vivent et travaillent sur cette belle île des Caraïbes.

Mon intention n’était pas simplement de feuilleter le calendrier avec vous. Mais il est vrai que c’est dans notre vie même que Dieu construit l’Histoire du Salut en comptant sur nous. L’Ordre des Prêcheurs se manifeste dans son riche dynamisme à travers ses joies et ses espoirs, ses tristesses et ses angoisses, nos désirs d’être fidèles à l’inspiration de saint Dominique.

Avec l’aide du conseil généralice, dans la Relatio au chapitre général, j’ai souhaité d’une certaine manière présenter à mes frères divers aspects de la vie et de la mission de l’Ordre. Les Actes du chapitre expriment, en tous cas dans la perspective des frères, les défis qui nous font face… J’ai bon espoir qu’une lecture féconde sera suivie d’une réflexion personnelle et communautaire de ces textes. J’attends aussi, avec l’effort de tous, la mise en pratique des décisions capitulaires.

Dans cette atmosphère d’espérance et de joie caractéristique de l’Avent et de Noël, tourné avec gratitude vers nos frères et sœurs de l’Ordre, je m’efforce de deviner, à partir du dialogue échangé, quelques-unes de leurs interrogations les plus profondes.

Les jeunes en général vivent certainement une étape qu’on pourrait résumer comme la quête de l’identité. Cette quête se traduit essentiellement par une question : « Qui suis-je ? ». D’où l’intérêt de découvrir, définir et tenter de décrire avec la plus grande précision possible l’identité dominicaine dans ses diverses expressions. Ce que les jeunes font comme on s’approprie peu à peu un vêtement neuf, intérieur, une nouvelle « manière d’être ». C’est pourquoi ils sont exigeants. Il est vrai que leurs désirs sont parfois démesurés, voire irréalistes, et peut-être risquent-ils de tomber dans un certain narcissisme, mais leurs questions appellent des réponses adéquates de leurs frères « aînés », correspondant à ce que nous leur enseignons.

À mesure que les années passent, naissent de nouveaux questionnements. Il n’y a peut-être pas de problèmes majeurs dans le dévouement à la prédication à travers diverses formes d’engagement. Nous ne mesurons pas même le prix exigé. Parfois ce dévouement va jusqu’à la perte de soi. Ce qui nous tenaille le plus semble être alors la question touchant à la sphère de l’intimité : « Avec qui veux-je vivre ? ». Si elle ne pousse de profondes racines, cette exigence importante et cruciale de proximité et d’engagement risque de ne provoquer qu’isolement, résistance, critique, un peu de cynisme et même un certain égoïsme (au point que nous finissons par nous croire indispensables).

Comme disciples de saint Dominique, souvent, nos frères et sœurs plus âgés regardent l’avenir avec une certaine crainte. Point n’est besoin d’être marié pour que le désir d’être fécond – la fécondité – fasse jaillir du fond du cœur une question vitale : « À qui laissons-nous tout cela ? » (ce que nous avons réussi à obtenir, au prix de bien des sacrifices), « à qui fais-je don de ma vie » (qui héritera de tout cela ?). De nombreux frères et sœurs me racontent leur histoire au cours des visites, ils ravivent dans la mémoire du cœur une époque de noviciats nombreux, de travail apostolique intense et sans réserve, d’œuvres et d’institutions impressionnantes. La pénurie des vocations à certains endroits, ou même le fait de voir les jeunes chercher et parcourir d’autres chemins (là où les vocations existent) provoque des points d’interrogation graves et profonds. Le désir d’être fécond peut se transformer en retrait, colère, aigreur, stérilité.

L’Évangile n’est pas une simple collection de réponses apportées par un Sage aux questions de ses disciples. Parfois, au contraire, nous trouvons dans la bouche de Jésus, unique et véritable Maître, des questions déconcertantes… qui exigent de nous une réponse vitale ou de vie.

Quelques-unes d’entre elles touchent ou posent les mêmes questions que j’ai souhaité décrire très synthétiquement plus haut : l’identité (qui sommes-nous ?) ; l’intimité (avec qui voulons-nous vivre ?) ; l’avenir de tout ce que nous avons su construire (à qui transmettons-nous notre vie ?).

Ainsi, dans la région de Césarée de Philippe, Jésus demande aux apôtres : « Pour vous, qui suis-je ? » (Matthieu 16, 15). Est-ce là un doute existentiel, faut-il l’appui et le soutien des siens pour découvrir son identité ? Nous savons qu’il ne s’agit pas de cela. Néanmoins, la réponse de Pierre, « Tu es le Christ, le Fils du dieu vivant » (Matthieu 16, 16), soutient en effet notre identité la plus profonde… notre propre identité qui se construit sur la foi.

À la fin du discours du Pain de Vie dans la synagogue de Capharnaüm, beaucoup de ses disciples s’éloignèrent et cessèrent de l’accompagner. Jésus demanda alors aux Douze : « Voulez-vous partir, vous aussi ? ». C’est à nouveau Pierre qui répondit : « Seigneur, où irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle » (Jean 6, 67-68). Lorsque surgit la grande question qui manifeste le désir le plus profond d’intimité… c’est le Maître lui-même qui, par cette même question, nous aide à répondre à partir de notre espérance.

Au bord du lac de Tibériade, là où des années auparavant le Seigneur avait appelé quelques-uns des siens, Jésus Ressuscité demande trois fois à Simon, fils de Jean, le pêcheur… « M’aimes-tu plus que ceux-ci ? (…) M’aimes-tu ? (…) M’aimes-tu ? » (Jean 21, 15-16-17). Les réponses successives ne se font pas attendre. La dernière question, cependant, provoque une réponse empreinte de tristesse, c’est vrai, mais une réponse de don total de soi, qui ne s’en remet qu’au Maître : « Seigneur, tu sais tout, tu sais bien que je t’aime » (Jean 21, 17). C’est la question à laquelle la réponse touche à la racine même de toute fécondité humaine, l’amour.

Il pourrait sembler que Jésus ne répond pas directement, par les formules morales que nous attendons, aux questions les plus profondes de chaque âge de la vie… Il le fait pourtant, à travers d’autres questions qui ne cherchent qu’à faire jaillir une réponse plus profonde et personnelle, vitale.

Lorsque je dis « personnelle », ce n’est pas seulement pour me référer à la personne de chacun d’entre nous (puisque sont touchées notre identité, notre intimité et notre fécondité mêmes), mais aussi parce que les trois réponses indiquent directement la personne de Jésus et « contiennent » ou sont remplies de sa présence (et non pas simplement d’un ensemble de vérités ou de raisons).

Le début de l’Avent est arrivé portant un nouveau message de Benoît XVI. Une réponse renouvelée de Pierre, à travers son successeur : l’Encyclique Spe Salvi. On y trouve à nouveau les interrogations les plus profondes et le désir de répondre sur la garantie – substance – des biens que l’on espère, la pleine certitude des réalités qu’on ne voit pas, « pourquoi » et « par qui » nous espérons ! (cf. Hébreux 11, 1).

Qu’importe l’âge, l’étape de la vie ou les interrogations qui surgissent du fond du cœur de chacun de nous. Le temps de l’Avent et Noël nous invitent à lever la tête et regarder devant nous…

Mes frères et sœurs en saint Dominique, puisque tous nous sommes frères et sœurs (cf. Matthieu 23, 8) : aux questions concernant notre véritable identité, notre désir le plus profond d’intimé et notre désir d’être fécond à travers le temps, nous ne trouvons d’autres réponses qu’en prononçant le nom de Jésus (Philippiens 2, 10)… le nom que Joseph donna à son fils, comme le lui avait prescrit l’Ange (Matthieu 1, 24).

Jésus – sujet et objet de notre prédication – nous invite depuis la pauvreté de la crèche et l’humble maison de Nazareth ; en route vers Jérusalem, et sur la croix ; ressuscité, au bord du lac et sur la montagne de l’Ascension ; et enfin, du Cénacle plein de l’effusion de son Esprit, à notre triple confession : de Foi (Tu es le Christ), d’Espérance (Toi seul as les paroles de la vie éternelle) et d’Amour (Tu sais que je t’aime).

Alors, comme Dominique, nous serons confirmés par Pierre et Paul dans notre vocation apostolique, avec la Parole et le bâton de pèlerin, et un mandat bien précis : « Va et prêche ».

Je vous souhaite un joyeux Noël et une année 2008 remplie de choses vraies, bonnes, belles, des choses de Dieu !

Fraternellement, en Marie de Guadalupe « Mère du bel amour, de la crainte, de la science et de la sainte espérance » (Ecclésiastique 34, 18 ; liturgie de la fête de Guadalupe).

Fr. Carlos A. Azpiroz Costa OP
Maître de l’Ordre

Au couvent Frère Bartolomé de las Casas, Los Magallanes de Catia, Caracas, Venezuela, le 12 décembre 2007.

ORIGINAL : ESPAGNOL

Le fr. Carlos A. Azpiroz Costa OP, Maître de l’Ordre, remercie tous les membres de la Famille dominicaine qui lui ont adressé des voeux de Noël et de Nouvel An. Il regrette de ne pouvoir répondre à tous les messages. Mais il est sûr que tout le monde comprend cette impossibilité et il demande à chaque moniale, frère, sœur, laïc et laïque dominicains de le garder dans ses prières. Par notre Père Dominique, le frère Carlos appelle la bénédiction de Dieu sur chacun et chacune de ses frères et sœurs, religieux et laïcs qui, dans le monde entier, prêchent la Parole du Seigneur.

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REDÉCOUVRIR LE ROSAIRE
COMME MOYEN DE CONTEMPLATION ET INSTRUMENT DE PRÉDICATION PROPHÉTIQUE

Chers frères et sœurs,

Dans quelques jours, à la fête de l’Épiphanie, s’achèvera l’année jubilaire d’action de grâce au Seigneur pour les 800 ans de vie de nos moniales de l’Ordre. Une année riche de grandes bénédictions, qui ont touché non seulement tout l’Ordre mais plus largement l’Église. J’ai été ravi de toutes les initiatives si créatives lancées par nos moniales. On a publié des livres, écrit des hymnes, entrepris de nouvelles recherches sur les fondations originelles, renouvelé la prière contemplative, et ça n’est pas fini ! En vérité, l’ensemble de l’Ordre en est venu à mieux se rendre compte que les moniales sont au cœur de l’Ordre et que le fondement de notre prédication est rien moins que la profonde contemplation de notre foi. Je crois que le renouvellement de la vie de nos moniales est directement lié à celui de l’Ordre tout entier.

Alors que cette année de jubilé touche à sa fin, nous allons ouvrir une neuvaine d’années, culminant avec le jubilé de 2016 : les 800 ans de la confirmation papale de l’Ordre des Prêcheurs. Durant notre récent chapitre général à Bogota, les capitulaires ont demandé que nous mettions à profit la décennie qui sépare ces deux jubilés (2006-2016) pour entamer un sérieux renouvellement de notre vie et de notre mission de prêcheurs (cf. Actes du chapitre général de Bogota, n° 51). Aussi voudrais-je inviter chaque entité, ainsi que chaque communauté, et chaque membre de l’Ordre individuellement, à commencer ce long processus de renouvellement à travers la réflexion, les décisions et les actes liés à tout notre mode de vie comme prêcheurs de l’Évangile.

Afin de concentrer notre attention sur un même centre d’intérêt pour l’année qui s’ouvre, je propose que nous commencions par renouveler notre mode de vie de prêcheurs en redécouvrant le Rosaire comme moyen de contemplation et instrument de prédication prophétique. De bien des manières, le Rosaire en tant que contribution exclusivement dominicaine à la vie de l’Église nous a un peu échappé. Et pourtant, en même temps, le Rosaire demeure très vivant dans l’Ordre. Par cette lettre, j’aimerais proposer une simple méditation sur le Rosaire, du point de vue de la mémoire, de la réflexion théologique, et de la religiosité populaire.

1. La mémoire

Permettez-moi d’évoquer quelques souvenirs personnels dont j’espère qu’ils susciteront les vôtres. Les souvenirs sont importants pour façonner notre identité, donner chair et sang à nos idées et nous permettre de revivre et réinterpréter des moments cruciaux de notre vie.

Ma première réminiscence du Rosaire remonte à mes jeunes années au collège Champagnat des frères maristes à Buenos Aires, avec le premier chapelet que j’ai tenu dans mes mains. Les frères nous insufflaient un véritable amour de Marie en mère qui aime de manière inconditionnelle et intercède pour ses enfants bien-aimés, la Marie de l’Évangile selon saint Jean. Bien sûr, nous avions le mois de Marie avec des processions, le rosaire, les litanies. Jeune homme, je portais déjà dans ma poche un « dizenier ». La répétition des « Notre Père », « Je vous salue Marie » et « Gloire au Père » a profondément ancré cette prière dans ma vie.

Aujourd’hui encore, j’aime particulièrement prier le Rosaire en marchant. Cette prière m’accompagne d’un paysage à l’autre, sur la route ou en ville. C’est la « contemplation de la rue » dont parlait le fr. Vincent de Couesnongle. Peu à peu elle marque le rythme de mes pas, me donnant prise sur le monde en constante transformation. Elle me permet de donner âme, vie, cœur à la ville ou au lieu que je ne fais que traverser, aux rencontres qui m’attendent, avec leurs joies et leurs espoirs, leurs lumières et leurs ombres.

Récemment, durant l’un des jours de notre retraite, le conseil généralice a réfléchi au mystère de la mort. Un des frères a décrit comment les frères mourants réclament presque toujours leur rosaire, même si parfois c’est juste pour le tenir en main. Je me souviens du film « Batismo de Sangue », (« baptême de sang ») qui raconte l’histoire de nos frères brésiliens torturés dans les années 70 sous la dictature de Medici. Notre frère Tito de Alencar, au moment où on le traîne hors du couvent, crie à un frère d’aller lui chercher son rosaire. Quel sens cela avait-il pour lui dans ce moment de terreur ?

Quels souvenirs associez-vous au Rosaire ? Quel est le sens de cette mémoire pour vous ? Pour moi ? Que peut nous en dire notre étude, notre réflexion théologique ?

2. La réflexion théologique

Je crois que ces souvenirs nous parlent de la proximité de Dieu. Le mystère de l’Incarnation ne concerne pas seulement la naissance du Seigneur dans un passé millénaire, mais l’incarnation de la grâce, ou la naissance de Dieu dans notre propre vie quotidienne. Jésus est vivant et Son Esprit continue de guérir, d’enseigner, de pardonner, de consoler et de nous stimuler. Loin d’être une abstraction vide, cela se manifeste dans les images associées aux mystères du Rosaire. La connaissance de l’Incarnation se développe à mesure que l’on laisse ces images entrecroiser les préoccupations de notre vie quotidienne. Ainsi le Rosaire est-il profondément lié à l’Incarnation, il est biblique, christocentrique et contemporain.

Bien évidemment, le Rosaire est marial. Mais clarifions un peu ce que cela signifie. En Marie, le divin s’unit à l’humain ; la créature ne fait plus qu’un avec le Créateur. En Marie, nous reconnaissons à la fois notre identité et notre destinée. Nous voyons cette sainte communion de Dieu-avec-nous et Dieu-en-nous. Nous réalisons que notre Dieu est Dieu-pour-nous – rédempteur et sauveur, sanctificateur et glorificateur.

En fait, Marie est une figure centrale dans notre vie de foi. Certes, nous pouvons la considérer Fille du Père, Mère du Fils, et Épouse du Saint-Esprit, mais nous devons aussi voir en elle une croyante dans la vallée des ténèbres, une croyante qui espère lorsqu’elle est confrontée à une situation de désespoir. On peut penser à elle comme à une protectrice des femmes enceintes qui donnent le jour dans la pauvreté, une patronne de ceux qui émigrent vers des terres étrangères pour pouvoir survivre, une mère qui veille au chevet de son enfant quand celui-ci est arrêté, torturé, tué. Enfin, à travers tout cela nous pouvons voir le triomphe de sa foi, de son espérance, de son amour. Le pape Jean-Paul II nous invitait à contempler le visage du Christ avec les yeux de Marie.

Qu’est-ce que cela veut dire pour nous ? En tant que Maître de l’Ordre, je suis un missionnaire soutenant ses frères et sœurs dispersés de par le monde. J’écoute leur histoire et observe leur situation. Je revois les visages de familles chrétiennes grièvement blessées à Bahawalpure au Pakistan en 2001 ; les voisins de nos sœurs dans les quartiers les plus misérables de Kinshasa au Congo ; les enfants qui nous suivaient au Cameroun ; ceux de la Place de la Guerre Civile à Campodos (Tibú) en Colombie ; les familles pêchant dans des canots au large de Gizo dans les Îles Salomon ou sur la rivière Urubamba dans l’Amazonie péruvienne… Ces images accompagnent les mystères, et le Rosaire devient ainsi ma propre intercession, avec celle de Marie, tandis que je dépose aux pieds de Jésus tous les blessés.

Notre monde semble perpétuellement écartelé par la guerre. Je songe tout d’abord à l’Irak déchiré et bien sûr juste après il y a la continuelle effusion de sang entre Israéliens et Palestiniens. Le XXe siècle a été un siècle de guerres et de dévastations à travers la planète. Aux pires moments, les gens se sont tournés vers le Rosaire en priant pour la paix. D’ailleurs, n’était-ce pas là le point central des dévotions de Fatima, pour la conversion de la Russie, et n’invoque-t-on pas Marie comme Reine de la Paix ? En même temps, ne minimisons pas ces guerres froides qui peuvent se dérouler au sein des familles, des communautés, dans notre cœur même et dans notre âme. Le Rosaire ne pourrait-il nous conduire à la paix ? Cette année, nous fêterons aussi le cinquantième anniversaire de l’octroi du Prix Nobel de la Paix à notre frère belge Dominique Pire, parce qu’il avait établi des « îles de paix ». Peut-être trouva-t-il l’inspiration de ce projet dans ses méditations en priant son Rosaire pour la paix.

Les mots des prières accompagnant mes méditations parlent du règne de Dieu, de pain quotidien, d’être délivré du mal, ils parlent du fruit des entrailles, ils parlent des pécheurs et de l’heure de la mort. Le règne de Dieu est justice et paix. La volonté de Dieu ne coïncide pas avec ceux qui foulent aux pieds les plus faibles. Le pain doit être partagé. Le pardon accordé. Le fruit béni des entrailles des femmes est sacré. Oui, le Rosaire – les paroles des Écritures comme notre méditation vivante – est une prière prophétique autant que contemplative ; une prière qui tout à la fois annonce et dénonce, une prière qui console et transforme. Les mots qui glorifient la Trinité nous invitent à vivre en communauté, sans soumission, une communauté où chaque personne soit totalement ouverte et disponible à l’Autre. Oui, « la volonté de Dieu » sera faite : c’est pourquoi nous ne perdons jamais espoir. Notre prédication est remplie d’espérance parce que « ce qui était dès le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé, ce que nos mains ont touché du Verbe de vie », c’est là notre sujet (cf. 1 Jn 1). En vivant dans la compagnie de Jésus, comme ce fut le cas pour Marie, nous devenons le disciple et l’apôtre dont le monde a besoin et que Dieu désire.

3. La pratique religieuse populaire

Après Vatican II on a eu tendance à minimiser l’importance de la « religiosité populaire ». À juste titre, on insistait sur l’étude biblique et une participation liturgique plus importante. Mais ce faisant, on minimisait aussi les expressions populaires qui permettaient davantage au sentiment religieux de se manifester : par exemple, la bénédiction, les processions, les pèlerinage aux sanctuaires, la dévotion du Rosaire, etc. Aujourd’hui, forts d’une expérience de quarante ans, nous constatons que les jeunes comme les moins jeunes ont besoin de ces expressions pour « raviver le don spirituel que Dieu a déposé en [nous] » (2 Tm 1, 6).

Ce type de religiosité populaire continue de s’affirmer dans les grands sanctuaires mariaux partout dans le monde. Cette année nous fêtons les 150 ans de Lourdes (France) et les 90 ans de Fatima (Portugal), justement deux sanctuaires qui attirent littéralement des millions de personnes chaque année. On peut aussi penser à Guadalupe (Mexique), Czestochowa (Pologne), Knock (Irlande), Chiquinquira (Colombie), Coromoto (Venezuela), Lujan (Argentine), Manaoja (Philippines), et ainsi de suite. Presque tous les pays ont leur sanctuaire national à Notre-Dame, rassemblant dans ses bras maternels les fidèles venus de toutes parts.

On voit encore des médailles de saint Christophe dans les voitures, ainsi que des chapelets pendus aux rétroviseurs, de petits autels dans les maisons, des statues dans les jardins. Le rituel des Cendres au début du Carême et celui des Rameaux au début de la Semaine Sainte nous en disent long sur les désirs et les sentiments religieux des gens. Ce sont des rituels qui introduisent un certain ordre, une stabilité, un certain rythme et une dimension d’incarnation dans la vie des gens, leur permettant de vivre des moments religieux plus intenses. Et nous, Dominicains, pouvons-nous retrouver cette religiosité populaire touchant quelque chose qui nous appartient en propre : le Rosaire ?

J’ai découvert que le Rosaire est vraiment une prière universellement chérie. Que ce soit en Italie ou en Ukraine, au Mexique ou aux USA, aux Philippines ou au Viêt-Nam, au Kenya ou au Nigeria, le Rosaire est présent, c’est une prière pratiquée et aimée. Je pense qu’une des raisons de cet attachement est qu’il s’agit d’une réalité tangible en même temps que d’une prière. Presque tous les catholiques ont un chapelet. On l’offre en cadeau. C’est un rituel, qu’on le récite seul ou bien en groupe. C’est un objet qu’on peut toucher, tenir, et même serrer dans les moments difficiles de notre vie ; c’est presque tenir les mains de Marie en personne. On nous glisse un chapelet entre les doigts « à l’heure de notre mort » et ensuite lorsqu’on nous enterre. Les prières qui composent le Rosaire sont des résumés de notre foi. Apprendre ces prières est comme apprendre à parler ; c’est le commencement de notre vie de prière ; et c’est aussi certainement la fin de notre vie de prière – « que ta volonté soit faite » « maintenant et à l’heure de notre mort ». On nous offre un chapelet dans notre jeunesse, nous recevons un rosaire en prenant l’habit, et on nous enterre un chapelet à nos côtés.

Conclusion

J’ai souhaité partager avec vous ces quelques réflexions, que j’espère simples et profondes à la fois, peut-être plutôt une méditation, et comme des échos du fond de mon cœur. Au chapitre général de Bogota, j’ai eu le privilège de nommer le frère Louis-Marie Ariño-Durand, de la province de Toulouse, Promoteur général du Rosaire. Il a conçu un vaste site internet auquel il continue de travailler et qui pourra vous être utile tout au long de cette année. En retour, je vous prie de l’aider à développer ce site en répondant à ses demandes. Ensemble nous pouvons mettre au point un site qui profitera à l’Église entière.

Puisque nous ouvrons une neuvaine d’années en préparation de l’anniversaire de 2016, pourquoi ne pas prendre cette première période, qui va de l’Épiphanie 2008 à l’Épiphanie 2009, comme une année de redécouverte du Rosaire dans notre vie personnelle, dans notre vie communautaire, et dans le renouvellement de notre prédication qui est à la fois contemplative et prophétique ? Pouvons-nous contribuer à remodeler la religiosité du peuple chrétien en relançant des neuvaines, des missions, des processions, des sanctuaires du Rosaire ? Pouvons-nous contempler notre Maître avec les yeux du parfait disciple ? Regarder le Fils avec les yeux de la Mère ? Voir à quel point notre monde a profondément besoin d’être transformé par l’Évangile ? Saurons-nous vivre et prêcher passionnément, avec la créativité de Dieu le Père et de Marie la Mère du Fils bien-aimé ?

Je me réjouis d’avoir eu l’opportunité de vous faire partager ces quelques réflexions. Dans les mois à venir, le conseil généralice définira les grandes lignes des différents thèmes et étapes qui guideront les prochaines années du renouvellement en cours dans notre vie et notre mission. Je prie les prieurs provinciaux et les vicaires généraux, les prieures, et les présidents de nos fraternités laïques de bien vouloir assurer la diffusion de cette lettre auprès des membres de leurs entités, communautés, groupes respectifs. Soyez assurés que tout au long de cette nouvelle année, vous serez souvent présents dans mes pensées et mes prières. À mon tour, je compte sur les vôtres.

Chers frères et sœurs, parcourons ensemble ce chemin du renouveau ! Mettonsnous en route avec la même confiance que Dominique avait en Marie, Mère de Dieu.

Votre frère en saint Dominique,

Fr. Carlos A. Azpiroz Costa OP
Maître de l’Ordre

Rome, le 1er janvier 2008
Fête de Marie, Mère de Dieu
Journée Mondiale de la Paix

ORIGINAL : ESPAGNOL

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LETTRE DU PROMOTEUR GÉNÉRAL DU ROSAIRE

Cher Père Provincial,

Lors du dernier Chapitre Général de Bogota, ma nomination en tant que Promoteur Général du Rosaire vous avait été annoncée. C’est désormais chose faire, suite à la présentation que le Conseil Généralice m’a demandée le mois dernier.

Dans un premier temps, le Maître de l’Ordre avait décidé qu’une grande partie de cette promotion se ferait par Internet, par la création d’un site sur le Rosaire notamment, à l’échelle de notre Ordre. Nous en sommes à la phase d’élaboration et c’est la raison pour laquelle je me permets de vous adresser ce courrier.

Il nous faut en effet établir une série de contacts afin de pouvoir collecter toute l’information dont nous avons besoin pour l’élaboration d’une base de donnée pour le site internet.

Plus concrètement, je suis à la recherche des « éléments » suivants :

  • tout contact (frère, sœur ou laïc) dans votre Province qui puisse m’aider à trouver de l’information… toute bonne volonté sera la bienvenue !
  • toute homélie sur le Rosaire ou sur un des mystères
  • toute référence de site sur le Rosaire dont la présence devrait être signalée sur le site… avec trois ou quatre lignes de commentaire (dans au moins une des langues officielles de l’Ordre !)
  • tout texte de fond sur le Rosaire.

En un mot, ce site doit –si Dieu le veut !- devenir la référence sur le Rosaire… Je vous remercie très chaleureusement pour ce que vous pourrez faire, aussi bien dans le cadre de votre charge que personnellement (peut-être avez-vous en réserve quelques homélies sur le Rosaire !).

Bien entendu, je reste à votre entière disposition pour tout élément complémentaire que vous pourriez souhaiter et, en vous confiant à l’intercession de Notre-Dame, je vous redis tout mon dévouement,

Excellente fête de l’Immaculée Conception!

Fr. Louis-Marie ARIÑO-DURAND
Promotor Generalis pro Rosario

Couvent Saint-Thomas d’Aquin
1, impasse Lacordaire
F-31078 TOULOUSE CEDEX 4
FRANCE
E-mail : louis-marie.arino@dominicains.com

ORIGINAL : FRANÇAIS

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LE ROSAIRE CROÎT AUSSI DANS LE MONDE SÉCULARISÉ
INTERVIEW DONNÉE PAR LE FR. ENNIO STAID OP À ZENIT.ORG

A l’Angélus du dimanche 7 octobre, le Pape Benoît XVI a demandé de réciter le chapelet pour la paix dans les familles et dans le monde, rappelant que «c’est le message confié par la Vierge au cours des différentes apparitions «.

«Je pense en particulier à celui de Fatima, il y a 90 ans – a précisé le Souverain Pontifeaux trois petits bergers Lucia, Giacinta e Francesco, en se présentant comme la Vierge du rosaire, recommandant avec insistance de réciter le Rosaire tous les jours, pour obtenir la fin de la guerre».

Même si dans notre monde moderne, le fidèle qui prie le chapelet ne plait pas toujours, et à l’intérieur même de notre Eglise certains craignent l’accusation de dévotionisme, des centaines de millions de fidèles le récitent chaque jour.

Pour comprendre la réalité de cette prière qui traverse l’Eglise catholique de toutes parts, ZENIT a interviewé un grand spécialiste du Rosaire, le frère dominicain Ennio Staid.

Le frère Staid vit actuellement à Novara, où il a fondé une fraternité dominicaine de prêtres et de laïcs –hommes et femmes. Le but de la fraternité est de faire prendre conscience que les laïcs sont eux aussi, appelés à annoncer l’Evangile, spécialement en cette époque où manquent les prêtres.

A la base de la pratique spirituelle de la fraternité, il y a la récitation et la diffusion du chapelet.

Le monde moderne souffre de sécularisation et Marie ne semble pas toujours beaucoup aimée, mais ce sont des milliards d’Ave Maria et de chapelets récités dans le monde chaque jour. Pouvez-vous nous expliquer comment s’est répandue et comment augmente la pratique du chapelet ?

Fr. Staid: Il est vrai que le monde souffre de sécularisation, mais il est vrai aussi qu’il sent un grand besoin de transcendance, de silence, de contact avec le divin. Beaucoup cherchent à donner des réponses au pourquoi de la vie. On a besoin de savoir d’où l’on vient, où l’on va et quel sens a la vie.

Et malgré les nombreux problèmes qui affligent les croyants, je crois qu’encore beaucoup récitent le chapelet mais le chapelet n’est pas un point de départ dans le chemin de la foi. Pour moi c’est un point d’arrivée. Je veux dire que quand quelqu’un réussit vraiment à prier le rosaire, cela signifie qu’il a déjà réaliser une bonne partie du chemin de la foi.

Je ne sais pas dire si et comment le chapelet est répandu. Tout comme je ne sais pas dire, comme le demande Jésus, si à son retour il y aura encore la foi sur la terre. Ce qui est sûr, c’est que si à son retour glorieux, il y a encore la foi, alors parmi les fidèles, il y aura les dévots de Marie et les bénéficiaires de cette splendide et simple prière.

Sans prière la foi n’existe pas parce que cela signifie donner l’accord de notre raison à une idée plus ou moins juste de Dieu. On philosophe plus ou moins consciemment sur une entité abstraite qui n’a pas d’incidence sur nos journées, sur notre vie. Le cardinal Newman définit le chapelet «un credo fait prière» et qui prie, sait qu’il ne parle pas dans le vide, qu’il ne lance pas dans le vent paroles et pensées, mais il est conscient d’être en présence, non pas tant de quelqu’un mais d’un qui est Unique, Eternel et Tout.

Une certaine culture moderne, répandue aussi dans les milieux catholiques, n’aime pas le chapelet, parce qu’il est considéré comme expression populaire et conservatrice. Qu’en pensez-vous?

Fr. Staid: Parfois, par ci par là, on entend parler d’un retour au dévotionisme, on critique le Pape parce que, ainsi disent certains, il veut revenir au passé et il veut faire réapparaître des pratiques traditionnelles considérées aliénantes. Malheureusement parmi les chrétiens, certains ont déjà un certain nombre d’étiquettes toutes faites, achetées à bon marché sur les étalages d’une théologie à la mode qui a été mise en vente avant d’être vérifiée. On la colle à tout ce qui ne rentre pas dans ses propres schémas mentaux.

Ainsi le chapelet est bien souvent étiqueté de dévotionisme ou de réformiste inconsidéré. A ceux-ci je voudrais dire qu’un christianisme sans dévotion n’est reconnu par l’expérience d’aucun saint, ni par l’enseignement de l’Eglise, qui fait autorité. Là où on a essayé et où l’on essaye, ce christianisme impopulaire, inhumain, sans cœur, cela a créé seulement des désastres dans la foi.

Bien sûr le chapelet n’est pas l’essence de la foi ou de la vie chrétienne, mais il se révèle aujourd’hui encore, partout, comme une aide importante pour protéger et développer la foi dans le cœur du peuple de Dieu. Le pape Jean XXIII disait que «le Rosaire est un exercice passionnant, irremplaçable de prière. Avec lui, on rend hommage à la saint Trinité, on invoque le Père céleste pour demander l’assistance et les dons, on fait appelle à la puissante intercession de la Mère de Dieu».

«Avec le chapelet, les mains se rejoignent: celles innocentes des enfants, celles tremblantes des vieillards, celles robustes des travailleurs: des diverses parties du monde s’élève une véritable psalmodie, qui, dans un certain sens, peut se joindre à l’Office Divin récité par les moines». (Discours et messages I, 796).

Pouvez-vous nous donner une idée de comment est née la prière du chapelet, comment elle s’est propagée dans le monde et comment est-elle actuelle?

Fr. Staid: Si quelqu’un est intéressé pour connaître de façon plus détaillée l’histoire du chapelet, je me permets de le renvoyer à ce que j’ai écrit dans la voie: « Chapelet » du nouveau dictionnaire de Mariologie des Editions Paoline. De toutes façons le fondement biblico-théologique de cette aide mariale est à rechercher dans le parallélisme Adam-Christ (I Co 15,45-47; Rm 5,12-14), qui est aussi implicitement parallélisme mariologique. A côté du Nouvel Adam (le Christ), il y a la Nouvelle Eve (Marie), la nouvelle aide, semblable (adiutorium simile sibi - Gen 2,18) à l’homme nouveau.

Marie est image de l’Eglise et dans la nouvelle création la collaboratrice de Jésus Christ dans l’œuvre du salut. La dévotion au secours marial apparaît très tôt parmi le peuple chrétien, spécialement quand celuici se trouve sous la menace de graves dangers pour la foi ou la survie de l’Eglise. Déjà au IVe siècle sont développés le «Sub tuum Praesidium» (sous votre garde) et au siècle suivant l’hymne «Akatistos», qui expriment le recours confiant du peuple à la Mère de Jésus.

Au VIe siècle Saint Germain de Constantinople parle d’une présence de Marie parmi nous qui se manifeste comme puissance et qui couvre d’en haut les fidèles. De la même époque est l’invocation «Auxilium christianorum » (aide des chrétiens) qui passera ensuite dans les litanies laurentiennes. Au début du deuxième millénaire, apparaissent l’Ave Maria et les psautiers de la Vierge qui s’appelleront plus tard chapelet, qui se lie de façon indissoluble au mystère de l’aide mariale, arme de la foi.

Bien sûr le salut angélique était connu avant. Il est contenu dans l’Evangile et constitue jusqu’au VIIe siècle l’antienne de l’offertoire du quatrième Dimanche de l’Avent qui avait un accent particulièrement marial. Il me semble trouver en cette période la nouveauté de la répétition dévote de l’Ave analogue à la même répétition du Pater, 150 fois, en réponse au psautier davidique.

Ces psautiers, des Pater et Ave, étaient dans les monastères, substitutifs du psautier biblique pour les moines qui n'avaient pas étudié. L’Ave Maria était connu et récité seulement dans sa première partie évangélique comprenant le salut de l’ange et la bénédiction d’Elisabeth. Le nom de Jésus et l’Amen final seront introduits vers la fin du XVe siècle, quand en 1483 sera répandu l’usage de réciter le Sainte Marie.

La prière du chapelet nous fait penser à Marie. Pourriez-vous nous indiquer en résumé quelles sont les clefs pour comprendre le grand Mystère d’une femme qui a été fondamentale pour l’incarnation, l’éducation et la réalisation de l’histoire du salut en la personne de Jésus Christ?

Fr. Staid: Comprendre le mystère de Marie signifie réussir à entrer dans le mystère de l’Incarnation de Dieu en Jésus Christ. Le Credo, avec lequel les chrétiens expriment le contenu de la foi, récite: «il est né de la Vierge Marie»

C’est une affirmation déconcertante pour beaucoup mais le fait révélé reste dans sa provocation. Les croyants acceptent et croient à une intervention personnelle de Dieu et par conséquence à la totale adhésion de foi de Marie. Sa grandeur n’est pas tant dans le fait d’accoucher mais d’accepter un plan que sa raison ne comprend pas.

Je ne crois pas qu’il y ait des prières ou des études qui puissent faire comprendre le Mystère qui reste, mais la prière avec la Mère de Jésus nous fait dire: «Je ne comprends pas mais je conserve dans mon cœur ». Saint Thomas d’Aquin définit la foi comme «un assentiment donné par l’intelligence à la vérité divine sous l’élan de la volonté mue par la grâce de Dieu».

Dans la foi comme dans la prière (quelque prière que ce soit), tôt ou tard on fait l’expérience du silence de Dieu, de sa discrétion. La foi et par conséquence la prière ne sont pas le jeton magique qui une fois inséré dans le juke-box nous fait entendre la voix de Dieu.

Elle nous met en contact avec l’invisible. Pourquoi se surprendre alors si on ne le voit pas? La prière met en dialogue avec l’Inaccessible, l’Absolu, pourquoi alors s’émerveiller si Dieu répond à notre appel comme Dieu? Imiter Marie signifie avoir compris ce que signifie prier et suivre Celui qui invite les siens à «prier sans cesse sans jamais nous lasser». Au fond, nous aussi, sommes appelés, comme Marie, à accueillir le Fils de Dieu et, comme elle, à le redonner.

La dévotion populaire pour la Vierge Marie, la récitation du chapelet, sont des pratiques qui ont une grande diffusion parmi les gens. Telle pratique, au moins dans les dernières décennies, ne semble pourtant pas très diffuse parmi le clergé et les jeunes. C’est seulement une impression ou la situation est entrain de changer? Et dans quelle direction?

Fr. Staid: L’objection que l’on fait au chapelet est toujours la même: «N’est il pas mieux de travailler une heure pour le frère dans le besoin que de dire une enfilade d’Ave Maria?» D’ailleurs le travail est quelque chose de tangible, de contrôlable, de nôtre, alors que la prière est quelque chose d’absolument incontrôlable.

C’est dans cette réalité psychologique qu’on doit se déplacer avec des pieds de plomb pour ne pas casser ce qui est bon dans l’âme des gens simples. Le discours sur la prière en général et sur le chapelet en particulier doit être retrouvé et renouvelé. Aucun chirurgien n’est déclaré bon et compétent seulement parce qu’il se ballade en diverses universités pour donner de savantes leçons, mais il gagne l’estime quand on le voit exercer de façon excellente, la chirurgie: alors seulement, ses conférences ont une validité parce que l’on voit ses malades opérés, guéris.

C’est ce qui se passe pour nous qui parlons souvent de prière alors que nous nous noyons dans l’action, contredisant par la vie, nos paroles. Un discours sur la prière est d’autant plus valide que quand celui qui le fait, vit de façon cohérente ce qu’il annonce.

Un autre facteur important quand on doit présenter la figure de la Bienheureuse Vierge Marie, est la nécessité de focaliser la figure de la Vierge sur le plan de la rédemption du Christ. Marie a un sens et une fonction très importante dans l’Eglise et c’est une erreur de la séparer de celle ci et d’en faire presque une quatrième personne de la Trinité. Ce n’est pas une déesse et sa juste collocation ne nuit pas au culte qui lui est attribué, mais cela la renforce et donne à cette créature la place qu’il lui revient dans le plan du salut (cf. VIII chapitre de la Lumen Gentium).

La direction à prendre à mon humble avis est celle de ne jamais trop insister en jouant sur les sentiments: il est important de rappeler que la Vierge n’est pas la partie sentimentale de notre prière. C’est seulement quand on aura centré le problème de la nécessité de la prière et que sera expliqué le sens et la fonction de la Vierge dans le mystère du Christ, qu’on pourra parler du chapelet.

De plus il est important de savoir que le chapelet n’est pas une prière exactement adressée à Marie mais une prière avec Marie. Ce n’est donc pas une prière mariale mais une prière christologique. Les mystères qu’il propose mettent au centre une seule personne: Le Christ Jésus. Le chapelet nous permet de regarder, contempler le Fils de Dieu avec les yeux de Marie. On prend sa main et avec elle on parcourt la vie de Jésus.

J’ai publié il y a longtemps une enquête faite en Italie destinée à vérifier le rapport des jeunes, prêtres compris, avec la figure de Marie. Les jeunes interviewés (400) selon un critère statistique dans toute la péninsule m’ont donné 256 réponses valides. L’âge des interviewés oscillait entre 18 et 25 ans. L’enquête m’a présenté un tableau où les jeunes semblent éloignés de Marie, distant émotivement, indifférent du point de vue culturel et pastoral, et même pour certains, distant par une prise de position intellectuelle de type filosofo-sociale.

Ils ne savent que faire d’une Vierge excellente, sommet de tous les privilèges, qui par sa perfection exclusive ne peut pas agir comme modèle, paradigme, stimulant, idéal. Par ailleurs, dans la pratique pastorale quotidienne d’un certain clergé, pratique parfois bien loin de mettre en acte les précieuses indications de la réflexion mariologique de l’Eglise, est ce que l’on ne cherche pas à se mettre à la page en oubliant Marie ?

J’ai constaté que des notes comme la mansuétude, l’humilité, la tendresse du cœur sont perdantes parce que vécues comme dangereuses, comme annulation passive de la propre personnalité. Ces jeunes refusent donc Marie ? Non : Simplement ils n’ont pas réfléchi et il ne leur a pas été présenté en pleine lumière l’histoire du salut. Ils ne la connaissent pas comme «femme» avec une expérience humaine et religieuse compromettante et difficile, ils ne la connaissent pas comme la Mère dont le fils a été le mystère de toute sa vie. En fait, ils ne connaissent pas réellement Marie, modèle des chrétiens comme le Concile Vatican II et la Marialis cultus ont cherché à nous la présenter.

ZENIT.org
ROME, mercredi, 24-25 octobre 2007

ORIGINAL : ITALIEN

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JEAN-LOUIS BRUGUÈS OP

Le Saint Père a nommé Mgr Jean-Louis Bruguès, OP, Evêque d’Angers, Secrétaire de la Congrégation de l’Enseignement Catholique. Il fut également nommé Archevêque.

Jean-Louis est né à Bagnères de Bigorre en France le 11 novembre 1943. Il fit sa première profession, le 29 septembre 1969 et fut ordonné prêtre le 22 juin 1975. Il fut ordonné évêque d’Angers le 30 avril 2000. Il était professeur de Théologie Morale à l’Institut Catholique de Toulouse (1976-1997) et à l’université de Fribourg (1997- 2000). Il fut membre de la Commission Théologique Internationale à Rome (1986-2004) et depuis 2002 est président de la Commission pour la Doctrine de l’Eglise Catholique en France.

ORIGINAL: ITALIEN

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VISITE FRATERNELLE EN ALLEMAGNE DU SUD ET EN AUTRICHE

Du 17 au 26 octobre 2007 le Maître de l’Ordre, fr. Carlos Alfonso Azpiroz Costa OP, accompagné par son socius pour l’Europe centrale et orientale, fr. Rajmund Klepanec, et par le provincial, fr. Dietmar Schon, a rendu une visite fraternelle à la province St. Albert en Allemagne du Sud et en Autriche.

Le premier but de sa visite fut le couvent à Vienne, riche en tradition et fondé en 1225/26. Il est une des trois fondations de la plus ancienne époque avec une tradition dominicaine ininterrompue. À présent le couvent de Vienne est un des centres de formation de la province. Il héberge 18 frères, y compris sept étudiants et deux postulants. Le domaine d’activités des frères comprend l’aumônerie auprès des dominicaines de Vienne et auprès d’étudiants, fonctions auprès de l’université et auprès d’une académie théologique, entendre des confessions, direction spirituelle, pastorale de groupes, messes radiophoniques, retraites, conférences.

Le premier jour de la visite, le provincial, fr. Dietmar, présenta la province et son engagement international. Partant des Actes du Chapitre en 2006 il élucida des développements à des sites divers. L’aprèsmidi il y avait une réunion du conseil, une rencontre avec des membres du conseil de formation ainsi qu’avec les frères en formation. L’apogée du jour fut l’eucharistie au cours de laquelle Fr. Carlos a fait l’homélie. Ensuite il y avait une rencontre de la famille dominicaine de Vienne.

Le maître de l’Ordre s’intéressa à la rénovation du bâtiment conventuel en cours. Avant de se mettre en route pour Graz le 20 octobre, le fr. Carlos put avoir des échanges avec Christoph Cardinal Schönborn OP pendant qu’ils prenaient le petit déjeuner ensemble.

À Graz les dominicains ont travaillé sur des sites divers depuis 1466. À présent les cinq frères, qui y habitent, s’occupent de la grande paroisse confiée aux dominicains, agissent comme confesseurs, comme aumôniers de l’hôpital national et comme aumôniers d’étudiants. Le soir, le maître de l’Ordre consacra beaucoup de temps à la rencontre avec les dominicaines de Graz, avec le laïcat dominicain et avec les paroissiens.

L’étape suivante (21 et 22 octobre) de la visite fut le Centre dominicain à Regensbourg. Déjà depuis 1229 jusqu’à la Sécularisation en 1806 il y existait un couvent dominicain. En 2001 le Centre dominicain fut établi comme «base de prédication»; il nous donne la possibilité d’agir à Regensburg comme «force mobile» dans le domaine pastoral. Cela se réalise surtout en collaborant dans la pastorale de centre-ville (prédication, écouter des confessions, pastorale de groupes, conférences). Le maître de l’Ordre se fit une idée d’ensemble des services et des locaux du centre. Il célébra la sainte messe avec les moniales du monastère Sainte-Croix et de trois autres monastères situés sur le territoire de la province, il eut une rencontre avec les moniales et des entretiens personelles avec quelques-unes. Après un déjeuner festif il visita l’ancienne église dominicaine St. Blaise.

La quatrième étape de sa visite le mena à Freibourg (23 et 24 Octobre) où se trouve un autre centre de formation de la province. Les premiers dominicains arrivèrent à Freiburg en 1236. L’ancien couvent fut démoli pendant la Sécularisation en 1804. Seulement en 1934 les dominicains retournèrent à Freiburg et s’établirent sur la colline oû se trouve le château. La communauté avec douze frères au total résident dans deux sites en centre-ville. Celui dans la Ludwigstrasse héberge le centre des «Groupes de discussions du laïcat» avec un programme varié de formation religieuse. En 2004 la maison d’études des dominicains dans la Erwinstrasse fut établie comme deuxième site de la communauté. Le domaine d’activités de cette partie de la communauté comprend l’aumônerie des étudiants de quatre institutions académiques à Freiburg et à Offenburg-Kehl ainsi que la réalisation d’études complémentaires.

À Augsbourg, lors d’un dîner-buffet suivi d’une récréation (24 octobre), le fr. Carlos rencontra les huit frères du couvent Sainte-Croix. Dans la matinée du lendemain le maître de l’Ordre mena des entretiens jusqu’á son depart.

Le couvent Ste Madelaine à Augsbourg existait de 1225 jusqu’en 1808. En 1932 les dominicains retournèrent à Augsburg et fondèrent le couvent Sainte-Croix. Les responsabilités principales de la communauté consistent à s’occuper de l’église conventuelle qui est un centre recherché pour la confession et la direction spirituelle. La pastorale de centre-ville, le service à l’église autoroutière près d’Augsbourg et dans des paroisses diverses d’Augsbourg s’y ajoutent.

Le jour avant-dernier de sa visite le fr. Carlos célébra la sainte messe et les vêpres dans l’église des Théatins à Munich. Ensuite il y avait une rencontre avec la communauté de St. Gaétan (cinq frères), les frères polonais à Munich, des dominicaines et le laïcat dominicain. L’église des Théatins St. Gaétan, une grande église du centre-ville très fréquentée fut confiée aux dominicains en 1954. Le domaine d’activité principal des frères consiste à s’occuper de l’église, en particulier culte, prédication, écouter des confessions, musique sacrée, direction spirituelle au parloir, pastorale de groupes religieux, accompagnement spirituel de dominicaines, aumônerie de touristes.

Avant de prendre son vol de retour à Rome le maître de l’Ordre passa quelques heures à la domus filialis Munich Ste Catherine, une paroisse croissant rapidement qui est formée de jeunes familles, d’enfants et de jeunes, de personnes éloignées de l’église et d’étrangers.

Demandé de résumer ses perceptions principales, le maître de l’Ordre fit valoir:

1. La succession des chapitres provinciaux poursuit comme une voie en continuité, comme un processus qui produit un effet très positif. De cette manière des décisions préalables sont améliorées au lieu de recommencer à zero.

2. La province est capable de percevoir ses forces et ses faiblesses et en même temps de toujours penser à des projets nouveaux au lieu de seulement attendre des vocations. De cette manière une stagnation est évitée.

3. Dans le cadre du concept de formation les jeunes frères participent aux projets nouveaux (conformément à un ordre du chapitre général de 2001). C’est pourquoi ils ne sont pas seulement des observateurs du développement dans la province, mais ils y participent activement.

4. Le travail pastoral auprès des étudiants, auquel les frères en formation participent, représente à juste titre un point capital et indique la direction.

5. La province s’est donnée des structures claires et appropriées. Cela se voit surtout dans les Actes du chapitre en 2006, no. 52 et suivants.

6. Le Centre dominicain à Regensbourg est un projet pastoral bienvenu, également à l’égard de notre itinérance dominicaine.

ORIGINAL : ALLEMAND

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NOTIFICATION

Rome, le 23 novembre 2007

Aux prieurs provinciaux, vice-provinciaux et vicaires généraux de l’Ordre

Chers frères,

À chacun de vous, j’adresse un salut cordial et fraternel, et souhaite joie et satisfaction dans la tâche que l’Ordre et nos frères vous ont confiée.

Dans le but de vous assister en matière de nomination des enseignants, et afin que la procédure soit linéaire et transparente, une réunion ad hoc s’est tenue à notre université Saint-Thomas d’Aquin à Rome, le 3 octobre 2007.

Comme l’a rappelé en introduction le socius pour la vie intellectuelle, qui présidait la réunion, l’objectif était de mettre en œuvre l’ordination contenue dans la lettre du Maître de l’Ordre et de ses socii, envoyée le 10 mai 2007 pour clôturer la visite canonique de l’Angelicum, université et couvent.

Dans cette lettre on peut lire :
« L’Ordre est décentralisé et observe le principe de subsidiarité, selon lequel l’autorité sur les ressources humaines est entre les mains des provinces en ce qui concerne les frères, et entre les mains des congrégations pour d’autres membres, comme les sœurs. Cependant, l’université dépend des organes centraux de l’Ordre pour combler des postes académiques. Or, comme les dits organes centraux n’ont ni frères ni sœurs sous leur autorité, cela met l’université dans une position de grande fragilité lorsqu’il s’agit de recruter des professeurs. Il est donc urgent d’établir une organisation centrale et de mettre au point une procédure pour le recrutement de nouveaux professeurs dominicains. Dans ce but, le socius pour la vie intellectuelle convoquera et présidera une réunion avec les doyens des quatre facultés et le prieur du couvent, dans les trois mois suivant la publication de cette lettre, afin de revoir et si possible de modifier la distribution des tâches et la procédure à suivre pour le recrutement de professeurs.

La commission a donc immédiatement abordé le thème du recrutement des professeurs. Après discussion, toutes les personnes présentes se sont déclarées d’accord pour que l’on suive la procédure suivante.

a) Le doyen de chaque faculté prend contact de manière informelle avec le/la possible candidat/e au poste de professeur.

b) Si le/la candidat/e a les qualifications requises pour enseigner à l’Angelicum et manifeste sa disponibilité ou son intérêt, le doyen demande au socius pour la vie intellectuelle d’entreprendre les démarches nécessaires pour demander le/la candidat/ e, en commençant par contacter son provincial s’il s’agit d’un frère, ou sa supérieure générale s’il s’agit d’une sœur.

c) Si le besoin s’en fait sentir, le Maître de l’Ordre peut écrire au provincial ou à la supérieure générale et souligner l’importance d’avoir le/la candidat/e à l’Angelicum, pour l’accomplissement du charisme de l’Ordre.

d) Une fois obtenu l’accord du supérieur religieux, on démarre la procédure interne à la PUST (à savoir : le/la candidat/e est présenté/e au conseil des professeurs permanents afin d’être coopté/e comme « professeur invité » ou « professeur associé » à l’une des facultés de l’Angelicum, pour un temps donné).

Normalement, un religieux dominicain ayant franchi les étapes requises (a, b, c et d) recevra son assignation religieuse dès l’arrivée dans la communauté de l’Angelicum, quand sa charge prévoit une présence continue au Ier et au IIème semestre. Si, après une période d’essai, dépendant du type d’invitation, de la pratique de la faculté, et des accords conclus, le religieux n’est pas intégré définitivement à la faculté, par choix personnel ou par décision des autorités académiques compétentes, il incombera au doyen de convenir des modalités et délais pour le retour du religieux à sa province d’origine. Le doyen devra en outre communiquer la conclusion de la collaboration au recteur de l’université, au prieur du couvent et au socius pour la vie intellectuelle. Ce dernier demandera au Maître de l’Ordre la réassignation à la province le cas échéant. C’est la même procédure, avec les adaptations correspondantes, que suivra le recteur pour recruter de nouveaux officiers majeurs.

Confirmant ce jour les propositions de la commission telles qu’exposées ci-dessus, je leur donne par la présente valeur de règles, et me fais un devoir de les transmettre à vous tous qui exercez le gouvernement dans les provinces, vice-provinces, vicariats. Je vous prie également de bien vouloir les faire connaître à tous ceux qui accomplissent les fonctions de régents et modérateurs des études, afin que l’unité et la transparence nous aident tous à travailler plus sereinement pour le bien de nos institutions.

Je remercie la commission pour son travail et le soin qu’elle y a apporté.

Avec l’assurance de ma prière, je vous adresse à tous, chers frères, mes salutations fraternelles, et mes encouragements pour votre mission.

Fraternellement, en saint Dominique,

Fr. Carlos A. Azpiroz Costa OP
Maître de l’Ordre

ORIGINAL : ESPAGNOL

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LES 800 ANS EN 3 REPORTAGES TELEVISES
TROIS MONASTÈRES MONTRENT LEUR VIE

ESPAGNE.- De l’Avent à Noël, les téléspectateurs espagnols pourront voir trois programmes, de 25 minutes chacun, à la télévision publique sur la vie des moniales contemplatives dominicaines. Les monastères choisis pour commémorer de façon médiatique les 800 ans de la fondation de l’Ordre ont été ceux de Santo Domingo de Caleruega et de Ségovie, et celui de San Miguel de Trujillo.

L’initiative vient de Frère José Luis Gago, de la Province d’Espagne qui après avoir dirigé pendant 6 ans le programme «PEUPLE DE DIEU» à la TV, sensibilisa l’actuel directeur au projet, le père Julián del Olmo, prêtre séculier. Pendant 10 jours, une équipe de techniciens de grande professionnalité filma la vie quotidienne de nos moniales contemplatives: trois jours dans chacun des monastères, depuis la prière des Laudes le matin jusqu’à l’heure des Complies, y incluant des témoignages personnels d’extraordinaire authenticité.

Le premier impact positif fut l’expérience pour les 5 professionnels de la TV, à voir, entendre et sentir à l’intérieur de la clôture conventuelle, la réalité dominicaine dans ses surprenantes manifestations de cordialité, joie, profondeur et sensibilité.

ORIGINAL : ESPAGNOL

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NOUVEAU PRIEUR PROVINCIAL EN EQUATEUR

Le 11 septembre 2007, fr Carlos A. Azpiroz Costa op, Maître de l’Ordre confirma Fr. Juan José Escobar Valencia op Prieur Provincial de la Province de Ste Catherine de Sienne en Equateur.

Fr Juan José est né à Santa Rosa – Ambato (Tungurahua) le 1er mai 1935. Il fit sa première profession le 31 août 1957 et fut ordonné prêtre le 4 août 1964.

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2007 À CALERUEGA
ANNÉE JUBILAIRE DU 800ÈME ANNIVERSAIRE DES MONIALES DE L’ORDRE

ESPAGNE - Cet an de grâce est vécu à Caleruega avec beaucoup de joie et de gratitude par toutes les personnes qui viennent à la maison de saint Dominique – près de 10.000 jusqu’ici. Même si elles appartiennent majoritairement à l’Ordre, de nombreux membres de l’Église viennent aussi au monastère pour gagner le jubilé et rendre hommage à notre Père saint Dominique.

Tout au long de ces mois, nous avons reçu la visite d’évêques : entre autres, ceux de Burgos, d’Huesca, de Tarragone, d’Osma-Soria – avec trois autobus de fidèles de son diocèse –, ou encore l’évêque auxiliaire de Jérusalem. Également des évêques dominicains comme Mgr Larrañeta OP, de Puerto Maldonado (Pérou). Et encore l’évêque du Comté de Norfolk (Angleterre), avec plusieurs prêtres de son diocèse.

Beaucoup de groupes de dominicains sont aussi venus : rappelons les provinciaux d’Espagne, d’Aragon et du Portugal, avec des frères de leurs provinces ; des groupes de frères de Corée, des Philippines, de Pologne, d’Allemagne, de France, d’Italie… Et puis de grands groupes de sœurs de vie apostolique des USA (Sinsinawa, Parabole). Ainsi que des groupes de la Famille dominicaine d’Espagne, du Portugal, d’Irlande, du Canada…

En outre, des moniales contemplatives, qui ont été les moins nombreuses, mais certaines ont voulu fêter leur 800ème anniversaire en visitant Caleruega : les premières furent nos sœurs de Prouilhe, avec une sœur de Dax (France), et une autre de Salamanque, invitées par les frères de Caleruega à participer aux journées d’ouverture de cette année jubilaire. Par la suite nous avons reçu, entre autres, la visite de cinq moniales de Bergame, Italie, durant plusieurs jours.

Il y a eu encore de nombreuses visites d’autres Ordres et congrégations religieuses, comme les bénédictines de Silos, avec qui nous avons organisé des vêpres solennelles dédiées à notre Père, ou les augustiniens de La Vid ; les petites sœurs « de los Ancianos Desamparados » d’Aranda de Duero ; les groupes de moniales et de frères des Sacrés Cœurs, qui sont venus plusieurs fois, de diverses villes d’Espagne et de l’étranger.

Et puis de nombreuses personnes appartenant à différents groupes de l’Église, comme des communautés et des familles du Chemin Néocatéchuménal de Burgos, Madrid, Santander, Oviedo, Castellón, Murcie… ; « Les Amis de la Terre Sainte » de Madrid ; la confrérie de « L’Adoration Nocturne » d’Aranda de Duero ; « Les Chrétiens sans Frontières » ; « Famisión », un grand groupe de familles chrétiennes engagées, venant de diverses villes d’Espagne.

Beaucoup de gens nous rendent visite en groupes paroissiaux ou d’amis, par autobus entiers venant de villes diverses, accompagnés de leur curé ou parfois du maire : La Corogne, Trijueque (Guadalajara), Concentaina (Alicante), Alcalá de Henares, Fanjeaux (France)…

Les professeurs d’écoles dominicaines de toute l’Espagne méritent une mention spéciale pour s’être donné rendez-vous ici, dans le Chœur des moniales de Caleruega. Ils sont venus en compagnie de frères qui nous avaient chargées de préparer à l’avance une petite explication de l’histoire des moniales, et un accueil chaleureux dans la maison de notre Père. Nous leur avons promis le soutien de notre prière pour leur œuvre éducatrice des jeunes, si importante pour notre avenir proche, et aussi nos prières pour les enfants et pour les écoles. Ils ont participé avec joie à une célébration intime et profonde.

S’ils méritaient une mention spéciale, que dire alors de ce que je vais vous raconter à présent et qu’on peut qualifier de surprenant, unique, merveilleux : l’inoubliable expérience avec les « jeunes dominicains ». L’initiative du fr. Oscar Jesús OP et de sr Pilar del Barrio OP, qui ont préparé cette rencontre une année durant, a été très positive, et inoubliable pour tous ceux et celles qui l’ont vécue. Des adultes de la Famille dominicaine ont également participé à l’organisation – des sœurs dominicaines de plusieurs congrégations et des frères.

430 jeunes de 15 à 30 ans, originaires de différentes régions, ont été attirés essentiellement par ce message : « Caleruega 2007 – 24 heures de rencontre, de fête et de prière pour célébrer 800 ans. L’histoire n’est pas finie. À votre tour, maintenant ! ». Les jeunes avaient le choix entre 19 ateliers. Dans un grand parloir, nous étions chargées de l’un d’eux : « Prédication à partir du silence » ; ce ne fut peut-être pas le plus demandé, mais on peut dire que les participants se sont montrés intéressés et impressionnés car ils ne connaissaient presque rien de la vie des moniales contemplatives. Deux des épisodes les plus émouvants : - Le temps de prière à minuit le samedi, dans le jardin du cloître, un moment de grande beauté, dans une atmosphère de joie fraternelle paisible, avec un éclairage suggestif et évocateur, de la musique, des danses, des chants, des projections, des lectures, et des prières d’action de grâces et de pétition. Tout cela dans un style très dominicain ; saint Dominique devait être content de voir tant de jeunes à Caleruega, et eux se sentaient heureux chez lui.

- L’Eucharistie du dimanche matin, à laquelle participèrent tous les provinciaux des frères d’Espagne et du Portugal, ainsi que les provinciales et générales de plusieurs congrégations de sœurs, en présence de si nombreux jeunes : très belle célébration, participation active, beaucoup d’émotion pour toutes les personnes présentes. Un jubilé gagné avec un grand enthousiasme collectif.

Il y aura certainement d’autres visites encore durant cette année si spéciale, et nous serons ravies d’accueillir tous ceux qui viendront.

En outre, tout au long de l’année, nous avons écouté avec attention et enthousiasme les suggestions qu’on nous faisait, providentiellement, pourrait-on dire. En premier lieu, il y a eu la restauration de la salle médiévale – ou Palais des Guzman – déjà inaugurée pour l’ouverture de cette année et qui est très visitée et appréciée. La publication de deux livres sur la communauté et sur le monastère, un DVD sur saint Dominique et un reportage sur notre vie pour l’émission « Pueblo de Dios » (Peuple de Dieu) sur une chaîne de la télévision espagnole. Tout cela au sujet de notre grande célébration et avec un excellent accueil général. Nous souhaitons donner une large diffusion à un événement sans égal pour les moniales et pour l’Ordre. Que saint Dominique, sa vie et son œuvre touchent le plus grand nombre de gens possible.

Contentes de notre travail de prêcheures à partir de la contemplation, et fières de notre Père et de son œuvre importante dans l’Église, nous rendons grâce à Dieu pour tout ce qu’Il nous donne et ce qu’Il nous demande. Que ta volonté soit toujours notre délice, Seigneur !

Monastère royal de Saint-Dominique, Caleruega, Espagne.

ORIGINAL : ESPAGNOL

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NOMINATIONS DU VATICAN

Trois frères Dominicains nommés par le Pape, le 20 novembre 2007, sont parmi les consultants du Conseil Pontifical pour le dialogue interreligieux.

Il s’agit de l’Evêque George Frendo O.P., auxiliaire de Tirane-Durres en Albanie et Joseph Ellul O.P., professeur à l’université pontificale St. Thomas d’Aquin. Ils appartiennent tous deux à la Province maltaise de St. Pius V. Le troisième consultant est Lorenzo Piretto O.P., vicaire délégué, vicaire apostolique d’Istanbul en Turquie qui appartient à la Province St. Dominique en Italie.

ORIGINAL: ITALIEN

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REUNION DE LA COMMISSION INTERNATIONALE DES MONIALES

La rencontre du Comité International des Moniales a eu lieu du 2 au 10 Novembre 2007 à Orbey en France l’année du jubilé du 8e centenaire de la Fondation de Prouille.

La réunion était organisée au monastère Dominicain de St. Jean-Baptiste dans les Vosges au centre de l’Alsace. Il y avait dix membres des onze branches du comité, dirigés par le promoteur général des moniales, Fr Manuel Merten OP, Fr. Brian Pierce OP qui sera son successeur à compter de janvier 2008 était également présent en tant que traducteur.

L’automne, avec ses merveilleuses couleurs embellisent plus encore le décor. La partie frontale de la chapelle du monastère, entièrement de verre, offrait une vue magnifique sur la vallée voisine : une chorégraphie splendide lors des célébrations liturgiques, qui au son des instruments à cordes, rendait notre prière et action de grâce du Seigneur encore plus solennelles.

Les fidèles, les jours de fêtes, viennent en grand nombre au Monastère et participent à la prière des moniales qui offrent une forme authentique de prédication et témoignent du Verbe.

Deux rencontres avec la Communauté nous ont permis de comprendre la fraternité et l’esprit de tolérance qui caractérisent cette communauté, nous permettant de vivre différents moments dans un climat très calme de silence et de prières.

La rencontre commença le samedi 3 novembre par l’accueil et la présentation du programme de la semaine par Fr. Manuel Merten.

Puis, il présenta un rapport complet des services qu’il a rendus aux Monastères pendant ce jubilé et évoqua les rendez-vous qui l’attendaient encore en sa qualité de promoteur.

Le soir, Sr. Jean-Thérèse, une moniale de la communauté et membre du CIM représentant les monastères francophones, nous a brièvement informé sur la situation de l’église en France, particulièrement des relations entre l’Eglise et l’Etat. Elle parla ensuite de sa communauté et du courage dont ses sœurs ont fait preuve en quittant le confortable monastère de Colmar pour s’installer en 1973 dans le bâtiment tant admiré qu’elles occupent aujourd’hui.

Dimanche, le 4 novembre après la Sainte Messe, l’assemblée se réunit à nouveau afin d’échanger sur les rapports présentés par chaque membre du comité de chaque région. Il fut très plaisant et intéressant d’entendre les diverses initiatives prévues, mises en œuvre et vécues par chaque monastère afin de solenniser l’année du Jubilé ! La majorité des moniales sont aidées par les frères, mais l’engagement des laïcs dominicains est notable et considérable. Elles contribuent à témoigner de l’actualité du charisme de St. Dominique annonçant l’Evangile partout dans le monde.

Chaque région a souligné les difficultés que rencontrent tant de monastères à cause du nombre décroissant de moniales et de la rareté des vocations (note douloureuse toujours présente). En même temps, cela nous stimule à nous renouveler en tant que personne et communauté pour vivre notre mission au sein de l’Ordre et nous aide à nous questionner sur la façon de proposer cette vie aux nouvelles générations en Biélorussie, Niger, Bolivie.

Mercredi, le 7 novembre, nous n’avons pas travaillé. Après la Sainte Messe, nous sommes partis visiter l’ancien Monastère de Colmar, aujourd’hui MUSEUM d’UNTERLINDEN, véritable et très riche œuvre d’art. L’église fut fondée en 1269 et fait maintenant partie intégrante du musée. Ce qui est intéressant est qu’elle a été consacrée par St. Albert le Grand. Passant d’une œuvre d’art à l’autre pour les observer toutes, le temps passa très rapidement.

Poursuivant notre itinéraire, nous avons atteint le sanctuaire marial de SCHAUENBERG, jadis ermitage connu de St. Ulderico. Il faisait très froid, mais prier aux pieds de la petite statue miraculeuse de la Sainte Vierge fortifia notre esprit et réchauffa notre corps.

Le lendemain, après les rapports des régions, l’attention fut accordée à l’évaluation du Monialibus après avoir échangé nos opinions et suggestions. Six membres de la Commission changeront en 2008, il devint donc nécessaire de nommer une nouvelle responsable de l’édition. Le choix s’arrêta sur Sr.Isabel M. Orenez Fernandez op., de la Fédération du Saint Rosaire en Espagne. Pour exprimer notre gratitude, nous avons applaudi avec force Sr. Emmanuelle M.Crus op. de la région Asie Pacifique pour le travail accompli avec compétence, dévouement et engagement. Nous souhaitons à Sr. Isabel M. qui a accepté avec enthousiasme cette nouvelle fonction, beaucoup de réussites dans ses nouvelles responsabilités. Et pour chacun de nous, nous espérons la bonne volonté de contribuer à faire de Monialibus, plus qu’un journal, une brochure de formation pour notre vie contemplative.

Nous avons alors essayé d’établir les modalités afin de réaliser une synthèse du matériel collecté de l’ensemble des Monastères au regard de la Contemplation qui est un engagement qui demandera certainement d’autres périodes d’attente.

L’organisation de cette réunion comprenait un échange sur les expériences régionales et communautaires relatives au « chapitre de la Communauté et rassemblements de la Communauté. » Il est quasiment impossible de synthétiser cet important partage.

Dans toutes les régions ce qui prévaut fortement c’est la Parole de Dieu. Nous pensons que la publication dans Monialibus de ces expériences significatives concernant la façon de vivre cet article de la Constitution dans différents monastères serait un excellent service rendu aux communautés.

Les jours passèrent très vite et la conclusion arriva, il fallait échanger afin d’évaluer notre rencontre. L’écho principal était un grand « MERCI » pour cette belle expérience de fraternité Dominicaine. Cette rencontre a permis de connaître l’Ordre à travers différentes régions et l’engagement de l’ensemble des membres de la Commission afin de rendre compte le plus fidèlement possible des réelles situations des différentes régions.

Le dernier salut fut émouvant. Les membres de la Commission quittant leur fonction (Sr. Mary Emmanuelle Cruz op - Asie-Pacifique, Sr. Joyce-Rita Mumu op - Afrique, Sr. R.M.Blanca Gòmez Cano op - Pérou, Sr.M. Immaculada Franco Màrtinez op – Federazione dell’Immacolata – Espagne, Sr. Flora M.Collado Martìnez op - Federazione S. Domenico – Espagne, Sr. M. Vincenza Panza op - Italie) voulaient mimer la continuité par une gestuelle simple symbolisant la lumière, la joie et la fraternité, car l’ICN qui demeurera une lueur d’espoir pour l’ensemble des monastères.

Nous ne pouvions que remercier Fr.Manuel Merten op. pour le dévouement constant dont il a fait preuve ces années en faveur de la Vie Contemplative Dominicaine, pour les encouragements qu’il nous a toujours prodigués, pour son dur labeur, pour la patience de son écoute et la communication à travers un visage toujours joyeux. On se souviendra de lui dans l’histoire de l’Ordre comme du Promoteur du Jubilé du 8e centenaire. Il donna à tous en cadeau un CD contenant des photos des réunions de la Commission des dernières années comme souvenir de son service pour l’Ordre. Merci, Fr. Manuel, du fond du cœur !

Sincères applaudissements au meilleur traducteur, P. Brian J. Pierce qui passait continuellement de l’espagnol à l’anglais et viceversa sans donner aucun signe de fatigue faisant preuve d’une exceptionnelle maîtrise des deux langues. Dès janvier, il sera le nouveau Promoteur Général des Moniales Dominicaines et des Monastères. Nous lui souhaitons beaucoup de succès dans ses nouvelles responsabilités.

Un nouveau siècle commence pour la vie contemplative Dominicaine. Prions l’Esprit de notre Dieu pour nous renouveler dans son amour.

Texte de Sr. M. Vincenza Panza op. – Italie.

ORIGINAL : ITALIEN

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A LA LUMIÈRE DU TÉMOIGNAGE DE NOS FRÈRES
LETTRE DU PROVINCIAL DE LA PROVINCE D’ESPAGNE

ESPAGNE - Le 28 octobre 2007 [fut] une date inoubliable et un jour plein de grâce et de joie pour notre Province d’Espagne et pour toute la Famille Dominicaine. Jamais dans toute l’histoire la Province avait vécu une béatification si nombreuse: 37 de nos frères (74 membres de la Famille Dominicaine). Derrière ces chiffres il y a des personnes concrètes, avec leur visage et leur histoire personnelle, avec une biographie unique et une profession dominicaine qui les unie à nous comme membres d’une même famille. De plus, si proche dans le temps que quelques uns les connurent encore, les eurent comme professeurs, écoutèrent leur voix, leurs rêves et leurs peurs. Ces martyrs béatifiés nous sont tout proches: ils sont nés sur notre terre, vécurent dans les couvents où nous vivons nous mêmes, ils prièrent et prêchèrent dans nos églises et, dans l’ensemble, eurent une vie très semblable à la notre. Par le chemin de la vie dominicaine, ils réussirent à comprendre et à vivre ce que dit le psalmiste: «Ta grâce vaut plus que la vie». Et la grâce ne leur manqua pas mais les soutint pour rester fidèle dans les moments de grande difficulté et souffrance. Faire mémoire d’action de grâce pour eux, c’est être fidèle à notre héritage.

Nous pouvons nous imaginer beaucoup de saints et de saintes réalisant des œuvres prodigieuses et menant une vie extraordinaire. Mais nos frères, si proches, allant chaque jour par les lieux et les chemins que nous parcourons, nous parlent d’une autre sainteté: celle qui se réalise dans le quotidien de la vie, dans la fidélité simple à l’engagement à la suite du Christ, fidélité éprouvée dans la souffrance jusqu’au bout par le don de sa propre vie. Jamais la sainteté n’avait été autant à portée de main, par le chemin ordinaire et quotidien de personnes de la «même pâte». Cela n’est pas étrange alors que le témoignage de nos frères nous émeuve!

La mort de Jésus Christ, le martyr par excellence, ne fut pas un fait isolé et déconnecté de ce que fut sa vie. Mais cela en fut bien au contraire le point culminant. Il en est de même pour la vie et la mort de ses disciples. Nos frères acceptèrent, comme tout martyr de l’histoire chrétienne, de souffrir une mort violente plutôt que d’être infidèle au témoignage qu’ils donnèrent durant toute leur vie. C’est ensuite, avant tout, à travers sa propre vie -vécue jusqu’au bout- que le chrétien devient martyr. En ce sens, jamais le martyr ne s’improvise, mais il mature dans les petites fidélités de chaque instant à la suite du Christ.

Avec cette béatification l’Eglise veut glorifier et rendre grâce à Dieu, elle cherche le bien des hommes. En effet, son objectif est de nous rendre plus fidèles dans une foi vécue dans les difficultés mais capable de pardonner, plus sensible à la souffrance de tant de victimes dans notre monde, plus engagé pour la réconciliation et la paix. Il est vrai que la célébration nous oblige à nous rappeler un passé historique qui a marqué chacun au niveau affectif, de façon différente. Dans le récit biblique, quand on parle de faire mémoire, on se réfère essentiellement à la révélation de la miséricorde divine. Le souvenir est lié à la force que Dieu donne aux petits, au pardon qu’Il offre aux infidèles et au courage qu’Il inspire pour continuer dans l’attente de l’accomplissement de ses promesses, alors que nous marchons dans l’histoire. Nous sommes appelés à faire mémoire dans le sens biblico évangélique, et non dans un sens politique ou d’une idéologie. Pour cela, nous voulons vivre la béatification comme un encouragement vers la compassion et la compréhension, vers une authentique réconciliation à partir de la célébration du souvenir et la joie de la reconnaissance ecclésiale.

Il n’y a pas de plus grande autorité que celle du martyr. Son témoignage est une véritable lumière pour nos pas. Le témoignage qu’il nous enseigne a quelques choses de déconcertant. Particulièrement inquiétant pour qui vit un christianisme trop confortable et bourgeois. Ils nous rappellent que suivre le Christ est dangereux. Rester près de Lui comporte des risques. Tant que nous n’avons pas expérimenté cette aurore, l’identité chrétienne ne mature pas et la place du chrétien dans le monde ne se comprend pas. C’est peut-être pour cela qu’il y a chez les martyrs un incompréhensible « désir » du martyre, pour reproduire totalement la vie du maître. Dans un christianisme sans danger pour le Royaume, l’espérance s’obscurcit. C’est ainsi que nos martyrs sont avant tout un « signe d’espérance ».

La mort des témoins chrétiens est unie à celle des autres victimes de la spirale de la violence. Nos frères moururent dans une page malheureuse de notre histoire qui fit beaucoup de victimes. Leur sang est mêlé avec celui de beaucoup d’hommes et de femmes. Quand les chrétiens font mémoire des martyrs, ils ne le font pas seulement pour les nôtres mais pour toutes les victimes, de quelques clans qu’elles soient, parce que toutes les victimes sont du même côté. La sensibilité évangélique vers ceux qui souffrent d’avantage fait que cela ne nous dérange pas, bien au contraire, de voir et de célébrer la mystérieuse communion de toutes les victimes innocentes dans l’histoire de la passion. Cette sensibilité à la souffrance dépasse toutes questions idéologiques ou politiques et c’est peut-être la seule chose capable de nous libérer de toutes sortes de totalitarisme.

Comme des frères pour nous, nous comptons sur l’intercession des nouveaux bienheureux. Comme des frères exemplaires, rien ne nous réussira mieux que de vivre à la lumière de leur témoignage. L’Eglise primitive eut la lumière suffisante pour trouver son chemin dans l’histoire en s’inspirant du témoignage des premiers martyrs de la foi. Pareillement pour nous, la vie des différents frères martyrs du XX e siècle se convertit en torches qui guident notre futur. Nous avons vu leurs vertus, leur courage, leur foi, leur pardon. Maintenant l’Eglise les propose comme modèle de vie chrétienne pour tout le peuple.

Je vous encourage à connaître la biographie de chacun de nos 37 frères béatifiés. Chacun est une torche qui illumine. Sûrement, parmi eux, il y en aura un avec lequel chacun de nous peut s’identifier plus concrètement. Le 7 novembre, festivité de tous les saints et bienheureux de l’Ordre, je vous invite à nous réjouir et à célébrer de façon particulière dans chacune de nos communautés l’événement de cette béatification. Qu’ils intercèdent pour la province d’Espagne afin qu’elle soit plus fidèle à la suite du Christ, remplie d’espérance dans le danger, plus engagée pour la paix et la réconciliation, plus sensible à la souffrance de notre monde !

7 Octobre 2007
Festivité de Notre Dame du Rosaire

Francisco Javier Carballo Fernández, O.P
Prieur Provincial de la Province d’Espagne

ORIGINAL : ESPAGNOL

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PROCHAIN CHAPITRE GENERAL DE L’ORDRE

Le Chapitre Général fêté dans le prieuré de St. Dominique à Bogotá en Colombie du 18 juillet au 8 août 2007, demanda au Maître de l’Ordre et à son Conseil de décider et de transmettre la date et le lieu du prochain Chapitre Général (Acts n° 314).

Au cours de la réunion plénière du Conseil Général de novembre ayant revu les différents noms soumis, le Maître de l’Ordre avec son Conseil décidèrent que le prochain Chapitre Général, qui sera un Chapitre Electif, aura lieu dans la ville de Bangalore (en Inde). Il se déroulera du 1 au 28 octobre 2010.

D’autres informations seront transmises ultérieurement

ORIGINAL : ANGLAIS

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CHRONIQUE DE LA RENCONTRE DES RÉGENTS ET MODÉRATEURS DES ÉTUDES D’AMÉRIQUE LATINE

PEROU - Sur la terre des saints liméniens, sainte Rose, saint Martin et saint Jean Macias, les régents et les modérateurs des études des entités dominicaines d’Amérique Latine se sont réunis du 29 octobre au 2 novembre 2007, dans la maison Sainte-Rose de Lima. Nous y étions convoqués par le frère Márcio Couto, socius du Maître de l’Ordre pour la vie intellectuelle, et par le frère Carlos Cáceres, promoteur de la formation et de la vie intellectuelle de la Conférence interprovinciale des dominicains d’Amérique Latine et des Caraïbes (CIDALC).

Ce dernier nous invitait, à la lumière du récent chapitre général de Bogota, à travailler dans la direction de quatre objectifs :

  • ÉVALUER le moment que traverse actuellement la vie intellectuelle de l’Ordre des Prêcheurs en Amérique Latine.
  • METTRE EN RELATION les régents et modérateurs des études de l’Ordre au sein d’actions conjointes encourageant l’interprovincialité.
  • METTRE EN ŒUVRE des actions qui développent la stratégie de la mission intellectuelle de l’Ordre définie par le chapitre général de Bogota 2007.
  • FAVORISER par des stratégies et actions conjointes la promotion de la formation et de la vie intellectuelle de CIDALC pour la période 2007-2010.

Au cours de nos réflexions, travaux et analyses, nous étions chaque jour accompagnés par les frères étudiants, avec leur présence fraternelle dans la prière et dans l’animation des laudes et des vêpres. Mentionnons que tout au long de la rencontre, les temps de liturgie animés par les supérieurs majeurs de la région et d’autres frères, comme Márcio et le fr. Ángel Maestro, furent d’authentiques moments de profondeur et de confrontation de la Parole de Dieu dans nos vies.

Le premier jour, 29 octobre, les participants se sont d’abord présentés :

Fr. David Díaz et Fr. Luis Javier Rubio (Province du Mexique)
Fr. Carlos Cáceres et Fr. Carlos Villalobos (Province d’Amérique Centrale)
Fr. Francisco Javier Martínez (Vicariat de la province d’Espagne en République Dominicaine)
Fr. Mario Rodríguez (Vicariat Général de Puerto Rico)
Fr. Luis Alberto Orozco et fr. Adalberto Cardona (Province de Colombie)
Fr. Juan José Salaverry (Province du Pérou)
Fr. Daniel Wankun (Vicariat de la province d’Espagne au Pérou)
Fr. José Luis de Miguel (Vicariat Général du Chili)
Fr. Serman Zavala (Vicariat de la province de Teutonie en Bolivie)
Fr. Johny Luján (Vicariat de la province St-Albert-le-Grand/USA en Bolivie)
Fr. Rafael Cúnsulo (Délégué de la province d’Argentine)
Fr. Osvaldo Rezende (Province du Brésil)
Fr. Ángel Maestro (Invité de la province d’Espagne)
Fr. Márcio Couto (Socius du MO pour la vie intellectuelle, Rome)
Fr. Carlos Sánchez (Invité comme promoteur de la Famille dominicaine en Amérique Latine).

Nous avons accepté les excuses de nos frères absents, qui ont été dispensés : le frère Manuel Uña (Vicariat de la province d’Andalousie à Cuba) et le frère Ramón Figueras (Vicariat de la province d’Aragon dans le Cône Sud).

Le frère Márcio nous a accompagnés, durant la première partie de la matinée, sur la réflexion et les défis que nous propose le chapitre général de Bogota pour définir une stratégie de la vie intellectuelle de l’Ordre. Des temps furent réservés pour poser des questions au socius du MO à ce sujet. Le reste de la journée et le lendemain (30 octobre), nous nous sommes occupés d’évaluer et de repenser, à partir des difficultés rencontrées, les réalisations et les défis de chacune des entités, afin de réunir dans ce contexte une vision de notre réalité dominicaine en matière d’études.

Avec toute cette réalité, l’équipe du secrétariat nous a aidés à rassembler de précieuses informations, permettant de tracer un cadre de base de la situation de nos études et d’entrevoir la stratégie intellectuelle que le chapitre pressent pour la réunion mondiale des régents qu’il demande. Cependant, cet effort devra être complété par le socius et le promoteur de CIDALC, pour offrir une analyse de la réalité objective des études et institutions des entités qui n’ont pas participé à cette rencontre pour divers motifs. Dans cette analyse, la surcharge de fonctions des frères, les crises dans les institutions, le poids de la pastorale et le désintérêt pour la formation permanente sont apparus comme des facteurs déclencheurs de menaces pour la vie intellectuelle. Mais face à cela, l’ardeur d’une étude assidue et les efforts des provinces pour la qualification des frères et le renouvellement de nos études semblent être des constantes de la vie intellectuelle de l’Ordre.

Après avoir investigué l’intéressante réalité de nos entités, nous avons pu travailler par zones de CIDALC tout en ayant les moyens de percevoir ces idées nouvelles pour la vie intellectuelle, qui répondent à la vie et à la mission dominicaines en Amérique Latine. On a donc apprécié la participation et la contribution des frères, par des propositions réalistes, qui devront être affinées en des plans plus concrets de coopération, et qui fournissent une orientation pour le travail de la nouvelle équipe de promotion de la formation et de la vie intellectuelle. Les zones de CIDALC ont sélectionné des initiatives réalistes par rapport au travail intellectuel de l’Ordre, on espère qu’elles seront bien accueillies et relancées par les responsables des entités.

Durant les soirées, nous profitions de la rencontre et de la parole des frères ; du geste opportun encourageant le caractère qui se forme dans chacune des réalités différentes du continent. Ainsi, le 1er novembre, nous avons eu la chance d’écouter présenter des initiatives dans ce domaine, comme le projet de maîtrise en études dominicaines au Pérou, sous les auspices de la faculté San Esteban de Salamanque en Espagne ; d’autre part, comme fruit de l’extension et de la coopération interprovinciales, le régent des études de la province d’Espagne, fr. Ángel Maestro, a raconté la coopération de son entité au projet de licence et doctorat en théologie fondamentale, proposé dans un système de bourses d’étude à convenir avec l’entité, ainsi que le « prêt » d’enseignants à divers lieux de l’Ordre. On a profité de l’occasion pour faire connaître les attentes du projet de faculté de la province de Colombie. La province d’Amérique Centrale a remercié les provinces sœurs pour leur aide et leur présence à travers la participation des étudiants au cours des huit années d’existence de la chaire de théologie, espace alternatif de production de pensée théologique chez les frères en formation.

Après l’évaluation de la rencontre, les frères ont visité le centre culturel Pío Aza du vicariat de la province d’Espagne au Pérou : nous y avons admiré, impressionnés, la fidélité et la ténacité de nos missionnaires en faveur des frères indigènes de la selva péruvienne. Après ce « labeur », nous avions besoin d’un repos mérité mais qui fut fort bref. Car nous primes bientôt la route du Sanctuaire des saints péruviens où la communauté des frères nous reçut chaleureusement dans les cloîtres qui abritèrent autrefois le souvenir et la présence du plus célèbre et saint frère coopérateur liménien. À la tombée du jour nous avons parcouru la ville, ses rues, ses avenues, ses parcs, ses marchés d’artisanat et le soir nous avons terminé la journée au restaurant « Dama Juana », où nous avons savouré la cuisine péruvienne devant un beau spectacle de danses régionales.

Malgré la fatigue, nous rendons grâce à Dieu pour la fraternité et les efforts de nos frères afin de rappeler le bagage intellectuel de l’Ordre et, avec lui, le souvenir permanent que l’étude assidue nous habilite et nous forme à être des personnes miséricordieuses au service du Royaume de Dieu.

Nous remercions la province Saint-Jean-Baptiste et le vicariat Sainte-Rose au Pérou, et le fonds de solidarité de CIDALC, qui ont permis l’hébergement et les aides nécessaires pour que cette rencontre ait lieu.

Cidalc al Día
Nouvelles.

ORIGINAL : ESPAGNOL

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VIE DE L’USMID

ITALIE - Poursuivant l’objectif triennial qui a été donné, c’est à dire: Fort dans la FOI, audacieux dans l’ESPERANCE et opérant dans la CHARITE, l’Union des Sœurs Dominicaines de Malte et Italie (USMID) du 19 au 21 octobre a tenu son Assemblée annuelle sur le thème: L’Espérance dans le gouvernement dominicain. La rencontre s’est tenue à Rome dans un beau lieu Via Valcannuta. L’assemblée, qui par statut est composée des Prieures Générales et Provinciales des diverses Congrégations nées et opérants en Italie (une vingtaine), cette fois-ci a été ouverte également aux conseillères de façon à ce que, sur cette argument important, la réflexion soit encore plus riche et intéressante. Avec une profonde satisfaction générale, le frère Giorgio Frendo, de Malte, depuis de nombreuses années mi